Beaucoup de dirigeants découvrent le contrat de capitalisation tardivement, souvent au moment de céder leur entreprise. Il ressemble à s'y méprendre à un contrat d'assurance-vie (même architecture, mêmes supports, même gestion) mais il n'assure aucun risque de décès. Cette différence, qui semble mineure, change deux choses décisives : une société peut en détenir un, et il ne se dénoue pas au décès de son titulaire. Ce sont exactement ces deux propriétés qui en font un outil de trésorerie d'entreprise et un instrument de transmission.
L'assurance-vie est un contrat d'assurance : elle repose sur un aléa lié à la durée de la vie humaine, se dénoue au décès de l'assuré et transmet un capital à des bénéficiaires désignés, hors succession. Le contrat de capitalisation, lui, est un produit d'épargne pur. Il n'a pas de clause bénéficiaire. Au décès de son titulaire, il ne se dénoue pas : il entre dans l'actif successoral, supporte les droits de succession de droit commun, et les héritiers le reprennent en l'état.
Cette reprise en l'état est précisément son intérêt. Le contrat conserve son antériorité fiscale, c'est-à-dire sa date de souscription d'origine. Un contrat ouvert il y a douze ans et transmis aujourd'hui reste, entre les mains de l'héritier, un contrat de douze ans, avec l'abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule1, 9 200 euros pour un couple, applicable dès le premier rachat. L'assurance-vie, à l'inverse, se dénoue et l'antériorité disparaît.
Second effet, symétrique : le contrat de capitalisation peut être donné du vivant, en pleine propriété ou en nue-propriété, avec la même conservation d'antériorité. En donation de pleine propriété, la valeur déclarée devient le nouveau prix d'acquisition et les plus-values latentes sont purgées. En donation de la seule nue-propriété, cette purge n'a pas lieu : la plus-value latente restera taxable lors d'un rachat ultérieur. La distinction mérite d'être posée avant de signer, car elle est irréversible.
Une société soumise à l'IS peut souscrire un contrat de capitalisation, ce qu'elle ne peut pas faire avec une assurance-vie. Pour une holding, une SASU ou une société d'exploitation disposant d'une trésorerie durablement excédentaire, c'est une alternative aux comptes à terme, avec un univers d'investissement autrement plus large : fonds euros, unités de compte, supports immobiliers, produits de taux.
La fiscalité obéit toutefois à une mécanique particulière, prévue par l'article 238 septies E du code général des impôts2. La société n'est pas imposée sur le rendement réel du contrat, mais sur un rendement forfaitaire calculé chaque année : 105 % du taux moyen des emprunts d'État (TME) constaté à la date de souscription3, appliqué à la valeur de souscription puis capitalisé d'année en année. Ce taux est figé pour toute la durée du contrat ; chaque versement complémentaire ouvre un nouveau calcul, au TME du moment.
Cette règle a une conséquence pratique que l'on oublie souvent d'énoncer : l'avantage du dispositif dépend entièrement du niveau des taux au jour de la souscription. Les contrats ouverts en 2019 ou 2020, alors que le TME était nul ou négatif, ne supportaient aucune charge forfaitaire annuelle et capitalisaient en franchise d'impôt jusqu'au rachat. Avec un TME revenu autour de 3,8 % à l'été 2026, la base forfaitaire annuelle avoisine 4 % : l'avantage de trésorerie s'est fortement réduit. Au dénouement, une régularisation intervient : le résultat imposable est égal à la valeur de rachat diminuée de la prime versée et des intérêts forfaitaires déjà imposés. Il n'y a donc jamais double imposition, mais l'étalement dans le temps n'est plus le même.
Détenu par un particulier, le contrat de capitalisation suit la fiscalité de l'assurance-vie pour les rachats : imposition des seuls gains, prélèvement forfaitaire ou option pour le barème, abattement annuel après huit ans. Point notable dans le contexte de 2026 : comme l'assurance-vie, il est resté à l'écart de la hausse des prélèvements sociaux4. Ses produits supportent 17,2 %, quand les dividendes, les plus-values mobilières et les gains de PEA sont passés à 18,6 % depuis le 1er janvier.
Le contrat de capitalisation se prête par ailleurs au démembrement, ce que l'assurance-vie ne permet pas directement. Un parent peut conserver l'usufruit et donner la nue-propriété : il continue de percevoir les revenus, l'enfant récupère la pleine propriété au décès, sans droits supplémentaires au titre de la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété. Le montage suppose une rédaction soignée de la convention de démembrement, notamment sur la question du quasi-usufruit et sur les pouvoirs de rachat de l'usufruitier.
Placer la trésorerie d'une société n'est pas un acte anodin. Trois questions précèdent toujours le choix du support. La première est celle de l'horizon : de la trésorerie d'exploitation, appelée à financer le besoin en fonds de roulement, n'a rien à faire sur un support à capital non garanti. Seul l'excédent structurel, dont la société sait qu'elle n'aura pas besoin avant plusieurs années, peut être investi sur des supports en unités de compte, qui présentent un risque de perte en capital.
La deuxième est celle de la gouvernance. L'engagement de la trésorerie sociale relève de la responsabilité du dirigeant : il est prudent de faire figurer la décision dans les registres de la société et de vérifier que l'objet social l'autorise. La troisième tient à la comptabilité : les variations de valeur des supports en unités de compte se traduisent dans les comptes de la société, ce qui peut affecter la présentation du bilan aux yeux d'un banquier ou d'un futur acquéreur.
Une précision utile enfin, compte tenu des débats de l'hiver dernier : la nouvelle taxe de 20 % introduite par la loi de finances pour 2026 à l'encontre des sociétés patrimoniales ne vise que des actifs limitativement énumérés : véhicules de tourisme, bateaux de plaisance, aéronefs, chevaux de course, bijoux, métaux précieux, vins et alcools, logements mis gratuitement à disposition des dirigeants. La trésorerie, les participations et les actifs financiers, contrats de capitalisation compris, en sont exclus.
Références vérifiées le 3 septembre 2026. La réglementation et la fiscalité évoluent : reportez-vous aux textes en vigueur à la date de votre décision.
Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital : l'assureur ne s'engage que sur le nombre d'unités de compte, non sur leur valeur.
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