ATHÉON
Fiscalité dirigeant

Rémunération du dirigeant : salaire, dividendes ou les deux ?

Publié le 22 juillet 2026 · 10 min de lecture
Par Arnaud Courtois, président d’Athéon Patrimoine

Salaire, dividendes, ou un dosage des deux : la question de la rémunération du dirigeant se pose à chaque exercice, et la réponse dépend d'abord de la forme juridique de la société : le traitement social des dividendes n'est pas le même en SASU qu'en EURL ou en SARL à gérance majoritaire. Le bon arbitrage n'est donc pas une règle générale à appliquer, mais un calcul propre à chaque structure, à chaque niveau de trésorerie disponible et à chaque exigence de protection sociale.

Un traitement social des dividendes qui diverge selon le statut

Dans une SAS ou une SASU, le président relève du régime assimilé-salarié : les dividendes qu'il perçoit échappent intégralement aux cotisations sociales, quelle que soit leur part rapportée au capital social. La situation est différente pour un gérant majoritaire de SARL ou un associé unique d'EURL, qui relève du statut de travailleur non salarié (TNS) : depuis la loi de financement de la Sécurité sociale de 2013, la fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social1, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales des indépendants, et non plus traitée comme un revenu du capital. Ce seuil de 10 % est le paramètre central de tout arbitrage rémunération/dividendes en SARL ou EURL.

Le coût comparé des deux régimes de prélèvement

Le salaire supporte des charges sociales patronales et salariales substantielles, mais ouvre des droits complets à la protection sociale du régime général (assimilé-salarié) ou du régime des indépendants (gérant majoritaire TNS, dont les cotisations représentent de l'ordre de 40 à 45 % du revenu net selon le niveau de rémunération et la caisse de rattachement). Les dividendes, lorsqu'ils échappent aux cotisations sociales, sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), dont le taux global est passé de 30 % à 31,4 % au 1er janvier 2026 sous l'effet de la hausse de la CSG sur les revenus du capital (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux2, contre 17,2 % auparavant). Sur option globale et irrévocable, ils peuvent être soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu après abattement de 40 %3.

L'impact sur la protection sociale, un coût différé souvent sous-estimé

Réduire la part de rémunération salariale au profit des dividendes allège la charge sociale immédiate, mais diminue mécaniquement l'assiette de calcul des indemnités journalières, des droits à la retraite de base et complémentaire, et des garanties de prévoyance. Un dirigeant qui privilégie systématiquement les dividendes sur plusieurs exercices consécutifs peut se retrouver, dix à quinze ans plus tard, avec des droits à retraite significativement inférieurs à ceux d'un dirigeant ayant maintenu une rémunération salariale plus soutenue. C'est un arbitrage dont le coût réel ne se révèle qu'au moment de la liquidation des droits.

La structuration via holding, un troisième levier

Au-delà du seul arbitrage salaire/dividendes au niveau de la société d'exploitation, l'interposition d'une société holding soumise à l'impôt sur les sociétés permet de faire remonter les dividendes de la filiale vers la holding sous le régime mère-fille (article 145 et 216 du CGI), avec une quote-part de frais et charges imposable limitée à 5 % du montant distribué, dès lors que la holding détient au moins 5 % du capital de la filiale depuis deux ans4. Cette architecture, pertinente à partir d'un certain niveau de résultat, découple le rythme de rémunération personnelle du dirigeant du rythme de remontée des bénéfices, et ouvre des perspectives de réinvestissement ou de préparation de cession à moindre coût fiscal.

Un arbitrage qui évolue avec le cycle de l'entreprise

Le bon dosage n'est pas figé : en phase de croissance, la trésorerie disponible et les besoins de financement priment généralement sur l'optimisation fiscale immédiate, ce qui justifie une rémunération modérée. À l'approche d'une cession, la structuration de la rémunération et des dividendes des derniers exercices peut au contraire être revue pour optimiser la valorisation de l'entreprise et préparer la fiscalité de la plus-value de cession.

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Sources

  1. Service-public.fr (Entreprendre) — dividendes du gérant majoritaire : assujettissement aux cotisations au-delà de 10 % du capital social — consulter ↩
  2. impots.gouv.fr — imposition des valeurs mobilières : prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % — consulter ↩
  3. impots.gouv.fr — abattement de 40 % sur les revenus distribués imposés au barème progressif — consulter ↩
  4. BOFiP, BOI-IS-BASE-10-10-10-20 — régime mère-fille : participation d’au moins 5 % conservée deux ans — consulter ↩

Références vérifiées le 3 septembre 2026. La réglementation et la fiscalité évoluent : reportez-vous aux textes en vigueur à la date de votre décision.

Cet article est fourni à titre pédagogique et général ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. La fiscalité présentée est susceptible d'évoluer. Un conseil individualisé nécessite l'étude de votre situation complète.

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